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Extrait de //Hilda//, Marie Ndiaye, 1999

Mme Lemarchand a besoin d'une femme de ménage. Elle a choisi Hilda. Mais elle veut aussi que Hilda l'aime et qu'elles soient amies. Dans cette scène, Mme Lemarchand rend visite au mari d'Hilda, Franck,qui voudrait que cette dernière cesse son activité de femme de ménage qui la fatigue trop et l'empêche de voir et de s'occuper de ses propres enfants qui sont à la crèche toute la journée.

Scène II

Mme LEMARCHAND. - Je m'étonne, Franck, que vous puissiez envisager de renoncer aussi légèrement aux mille cinq cents francs du travail d'Hilda. Et je ne vous dirai plus qu'une chose à propos d'Hilda : je la garde.

FRANCK. - Merde alors. C'est ma femme.

Mme LEMARCHAND. - C'est la mienne. Ma femme de service. Je la garderai toujours, Franck, et de la façon qui me convient. Hilda ne me résistera pas. Elle est raisonnable, froide, calculatrice. A présent, faisons la paix. S'il vous plaît, un petit café.

FRANCK. - Hilda doit se ménager et rentrer plus tôt, et ne pas se tourmenter pour nos enfants. Cela n'ira bien que dans ces conditions.

Mme LEMARCHAND. - Ces sacrés gosses. Bon. Un café. Je vous céderai à un prix intéressant, Franck, ma voiture, lorsque la vôtre refusera d'avancer. Nous avons deux voitures mais je ne me sers que très peu de la mienne. Elle est comme neuve et s'ennuie au garage. Une Toyota. Je vous la vendrai, Franck, à un prix défiant toute concurrence. Et je me charge d'habiller Hilda, des robes mêmes que je portais il y a quelques années et qui sont très propres. Hilda est plus menue que moi et je ferai retoucher ces robes pour elle. Je veux vous aider, Franck, autant que je le peux. Connaissez-vous beaucoup de dames qui… ? J'ôterai moi-même ses vêtements à Hilda, je la déshabillerai dans ma chambre, comme une camériste, et, quand elle ne sera plus qu'en slip et soutien-gorge (sa toute petite gorge d'oiseau fragile, Franck), je lui passerai ce que j'aurai préparé pour elle. Les pantalons imprimés et les pulls bon marché d'Hilda me font horreur, Franck. C'est la seule laideur, l'unique vulgarité que je lui vois, ces motifs d'ancres marines et ces faux boutons dorés, cette pauvre imitation de ce qu'Hilda et vous-même devez vous représenter comme le goût bourgeois. Je vais changer tout cela. Soyez bon pour moi, Franck, car je le suis envers vous deux comme personne n'a aucune raison de l'être. Ne me faites pas de peine et ne m'offensez pas. Je veux, Franck, que vous persuadiez Hilda de changer d'attitude à mon égard. Je veux, Franck, que vous persuadiez Hilda de devenir mon amie, qu'elle y consente. Alors je vous aiderai énormément. Je pourrai même vous prêter la Toyota, ma merveilleuse Toyota, Franck, rouge vif, basse et longue. Mais ne m'offensez jamais. Je vous aime, Hilda et vous. Combien de dames… ? Franck, un café. Ne m'offensez pas. Je suis votre égale et votre sœur.

FRANCK. - J'ai à faire maintenant.

Mme LEMARCHAND. - Je suis lasse et je m'ennuie à la maison. Hilda me remplace très bien. Je vous envie d'avoir des choses à faire. Hilda est plus heureuse que moi.

FRANCK. - Oui.